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[CHAMBRE]
Six millions d'hommes veulent se donner à nous avec leur beau pays, et, puisqu'il faut le dire, nous ne comprenons rien en Cochinchine aux hésitations du Gouvernement.
On s'imagine à tort, je crois, qu'il s'agit d'une expédition armée, d'une campagne, d'une aventure. Messieurs, nous n'aurions littéralement qu'à paraître pour que le Tonkin soit à nous... 1
Eh bien, la situation a changé.
M. le rapporteur. Pas beaucoup ! M. Georges Perin. Vous reconnaissez vous-même qu'elle a changé, puisque dans votre rapport vous dites, parlant des 3,000 hommes de troupes françaises qu'on doit envoyer au Tonkin, et des 1,000 tirailleurs annamites: « Il a paru à votre commission que ce déploiement de forces était suffisant et que, d'autre part, il n'avait rien d'exagéré. »
Vous admettez donc aujourd'hui que, s'il suffit de paraître, il faut au moins paraître accompagné de quelques milliers d'hommes. (Approbation sur divers bancs.)
Voilà ce qui me paraît changer singulièrement la question, mais aussi elle se trouve placée sous son vrai jour.
C'est sans doute à cela que pensait M. le ministre des affaires étrangères, lorsqu'il disait au Sénat qu'il fallait se mettre en garde contre les entreprises romanesques. M. le ministre des affaires étrangères ne croyait pas probablement et ne croit pas aujourd'hui qu'il suffise de paraître au Tonkin pour s'en emparer; il pense qu'il faut y paraître accompagné d'un nombre d'hommes respectable et, par conséquent, engager les forces de la France dans...
DÉBATS PARLEMENTAIRES
Année 1883
de vue économique la prise de possession du Tonkin ne pouvait donner que des avantages très contestables, et que l'opinion était victime d'une illusion en s'imaginant qu'on allait par là donner à notre commerce un marché considérable et créer des débouchés à nos industries.
J'ai dit que nous allons éparpiller nos forces tandis que nous avons le devoir de les concentrer en France.
Lorsqu'une première fois on a discuté la question, j'ai pu, en causant avec beaucoup de mes collègues, voir que, si on l'avait de grands doutes sur les avantages réels qu'on pourrait retirer d'une expédition au Tonkin, on n'en avait pas sur la difficulté qu'il y a à quitter un pays dont on a pris possession déjà, ce serait une reculade, une abdication, comme le dit le Gouvernement dans l'exposé des motifs.
Mais enfin, l'amour-propre national est engagé.
Si l'amour-propre national était tellement engagé que nous dussions, ou lui faire subir un outrage grave, ou aller en avant, je ne vous proposerais pas de vous arrêter. J'estime qu'on doit être aussi soucieux de l'honneur du pays que du sien propre, et je ne proposerais jamais à mon pays une reculade, pas plus que je n'en accepterais pour moi-même.
Aujourd'hui, que pouvons-nous faire ? Nous ne sommes pas en possession du Tonkin; il ne s'agirait pas pour nous d'abandonner un pays que nous posséderions. Nous sommes toujours sous l'empire du traité de 1874; nous avons des garnisons dans trois villes, et puis... je n'ai pas parlé de ces faits pour ne pas allonger la discussion, nous avons cru devoir nous lier volontairement par une condamnation là-dessus.
A moins qu'on ne veuille absolument prendre possession du pays, étendre notre empire colonial, je crois que cette solution serait acceptable. Mais ici, de ma discussion, j'ai à répondre à une opinion très répandue dans la Chambre et dont on peut trouver la trace dans les documents officiels.
On nous dit qu'il est nécessaire que la France ait aujourd'hui une politique coloniale, que la France s'affirme, ce qu'elle n'a pas fait peut-être dans ces dernières années, et montre qu'elle entend reprendre, comme puissance coloniale, le rang dont on a pu croire un instant qu'elle était déchue.
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[CHAMBRE]
Appel à l'histoire, que cette colonie d'exploitation nous l'avons vue dans toute sa gloire, dans tout son développement se créer, prospérer et se développer aux Indes, dans les mains des Anglais. Je sais que, précisément à propos du Tonkin, le nom de l'Inde a été prononcé. On nous a dit: Il y a là une occasion de comment et promptement à ce résultat, que vous en étendant l'empire colonial de la France dans l'extrême Orient, en créant un grand empire français de l'Indo-Chine, nous aurons une compensation, et peut-être pourrons-nous ainsi nous consoler de ne plus avoir cet empire de l'Inde perdu autrefois.
M. le comte de Douville-Maillefeu.
M. Georges Perin. Ils verraient que l'Inde est aujourd'hui pour l'Angleterre une source de soucis très grands. (Nouvelles interruptions à gauche et au centre.)
M. Georges Perin. Je dirai à ceux de mes collègues qui protestent que, s'ils suivaient le mouvement de l'opinion publique en Angleterre, s'ils lisaient tout ce qui est publié sur cette question, ils verraient que l'Inde coûte cher à l'Angleterre.
M. le ministre des affaires étrangères. Il serait impossible, messieurs, de ne pas rendre pleine justice à la persévérance que M. Georges Perin a montrée dans son opposition. Les évènements, au lieu de la désarmer, l'affermissent.
Voilà neuf ans que nous sommes établis au Tonkin, en vertu d'un traité. Nous avons dépensé pour cet établissement une somme importante, qui ne s'élève pas à moins de 9 millions, et qui devrait certainement être portée à un chiffre plus élevé, si l'on y faisait entrer les dépenses que nous avons à faire pour les navires en station. Chaque année une somme de 800,000 francs est inscrite au budget sous la rubrique Service du Tonkin. Eh bien, messieurs, à l'heure qu'il est, notre situation au Tonkin est précaire, embarrassée, sinon menacée.
M. Jules Delafosse. Je l'ai dit.
M. le ministre. Je vais essayer de vous démontrer que le projet qui vous est apporté est nécessaire et qu'il est suffisant pour mettre un terme à cette situation, pour substituer à un état de choses indécis, coûteux, stérile, une situation qui aura le mérite d'être précise et parfaitement définie.
Il a été si souvent question dans cette Chambre de notre établissement au Tonkin, on en a si souvent raconté l'histoire, - M. Georges Perin lui-même en a rappelé tout à l'heure un des premiers et des plus glorieux épisodes, que je n'ai pas à y revenir. J'écarterai donc complètement le souvenir, d'ailleurs inutile dans cette discussion, des incidents pittoresques ou tragiques qui en ont marqué les différentes phases. Je m'arrête au traité de 1874.
Ce traité, c'est la base de notre action, c'est notre point de départ nécessaire. Malgré les lacunes qu'on a pu y signaler, malgré les clauses restrictives, gênantes, qu'il contient, ce traité impliquait cependant, pour la première fois, la reconnaissance formelle de nos possessions de la Cochinchine, il nous fournissait les moyens de purger le Tonkin de la piraterie et du brigandage, d'y ouvrir d'un champ plus ou moins fécond, mais à coup sûr très vaste et presque illimité.
En 1874, si j'ai bonne mémoire, M. Georges Perin n'était pas très éloigné de reconnaître qu'il était déjà difficile à la France de se retirer du Tonkin. Il y a deux ans, il vous demandait de dénoncer le traité de 1874, et il renouvelle aujourd'hui l'expression de cette opinion.
M. le ministre des affaires étrangères. Il serait impossible, messieurs, de ne pas rendre pleine justice à la persévérance que M. Georges Perin a montrée dans son opposition.
Du reste, il ne faudrait pas exagérer la salubrité du Tonkin. Lisez, comme je l'ai fait moi-même, les rapports de gens qui n'ont aucun intérêt à présenter le Tonkin comme un pays insalubre, puisqu'à une certaine époque ils y ont poussé les Français. Les rapports des missionnaires disent que, si le Tonkin est moins insalubre que la Cochinchine, il n'est pas d'une salubrité complète; ils parlent d'une fièvre très redoutable qui règne dans les parties montagneuses.
Vous trouverez dans les documents officiels dont je vous parlais tout à l'heure un compte rendu de M. le docteur Mage qui a exploré les provinces Nord du Tonkin, Il y est dit que, si le Nord est relativement salubre, les Européens devront se défier des provinces du Sud, dont la climatologie rappelle dans une certaine mesure celle de l'Hué, de funèbre mémoire.
Vous voyez donc que cette expédition peut présenter certains dangers. Eh bien, je crois que vous devez hésiter, et c'est ici que j'arrive à dire à la Chambre qu'elle peut et doit éviter de faire cette expédition.
Nous ne sommes pas dans des conditions aussi difficiles. Nous sommes vainqueurs, nous n'éprouvons aucune résistance; nous nous trouvons en face d'un traité que nous pouvons dénoncer comme cela s'est fait en...
Je voudrais que la prospérité coloniale de mon pays se créât et se développât dans des conditions déterminées. On peut dire à l'Angleterre: « Le traité de 1874 que vous avez violé, nous ne voulons pas le considérer plus longtemps. Nous avons subi des dommages, comme vous nous avez mis dans une situation difficile, entraînés à des dépenses, nous voulons une compensation. » Vous pouvez demander alors une indemnité de guerre considérable, et affirmer que vous parlez, non pas en nation humiliée et vaincue, mais en nation victorieuse, en restant au Tonkin, mais dans des conditions qui n'engagent pas l'avenir.
Vous avez à Haï-Phong une situation excellente; le jour où le Tonkin sera ouvert par la force même des choses, et sous la pression de toutes les nations européennes, comme l'a été la partie de certains fleuves de la Chine, vous aurez là une situation prépondérante. Maîtres du delta, vous pourrez y appeler vos nationaux et leur dire: « Voilà le fleuve Rouge ouvert sans qu'on ait employé les armes, et par la seule...
Ce traité, malgré tous ses défauts, nous constituait une situation privilégiée, et nous aurions pu certainement nous y tenir jusqu'au moment où le roi d'Annam, convaincu des avantages qu'il y avait pour lui-même, en aurait spontanément élargi les dispositions.
Mais il aurait fallu pour cela que ce traité, interprété avec bonne foi, et appliqué fidèlement, fût souscrit par lui en connaissance de cause. Or, vous savez que c'est le contraire qui est arrivé.
M. Georges Perin... C'est l'expression même de la mauvaise foi du gouvernement d'Annam.
Les Chambres actuelles, et avant elles l'Assemblée nationale, ont, depuis 1874, manifesté d'une manière constante leurs dispositions à l'égard du Tonkin; et, pour ne citer que deux traits, mais qui suffisent pour caractériser la conduite qu'il a tenue, mais qui suffisent pour caractériser la conduite qu'a tenue le gouvernement d'Annam.
M. Georges Perin m'a invité, et c'est la tâche à laquelle je vais m'appliquer, à définir, si je le puis exactement et en toute sincérité, le sens et la portée du projet de loi qui vous est soumis. Je répondrai chemin faisant, aux questions, observations, les unes déjà anciennes, qui ont été apportées à cette tribune, soit par M. Georges Perin, soit par M. Delafosse.
M. le président du conseil. Cela ne se ressemble pas !
M. Georges Perin....'ils avaient vu au...
Je crois que la France ne doit pas être une puissance exclusivement continentale, qu'elle doit être une puissance coloniale; mais cette puissance coloniale doit se développer d'une façon différente.
Quant à moi, j'entends différemment la colonisation. M. Georges Perin, L'Angleterre, monsieur le président du conseil, a cru devoir conclure un traité de paix à la suite d'échecs...
M. le président. La parole est à M. le ministre des affaires étrangères.
M. le ministre des affaires étrangères. Je vous ai montré, messieurs, qu'au point où nous en sommes, il est peut-être un euphémisme. Je vous dirai que la dernière de ces décisions, le rappel que la dernière de ces décisions, le rappel que... pour caractériser la conduite qu'il a tenue.
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Six millions d'hommes veulent se donner à nous avec leur beau pays, et, puisqu'il faut le dire, nous ne comprenons rien en Cochin- chine aux hésitations du Gouvernement.
On s'imagine à tork, je crois, qu'il s'agit d'ane expédition arme, d'une campagne, d'une aventure. Messieurs, nous n'aurions littéralement qu'à paraître pour que le Tonkin
soit à nous... 1
Eh bien, la situation a change.
M. le rapporteur. Pas beaucoup ! M. Georges Perin. Vous reconnaissez vous même qu'elle a changé, puisque dans votre rapport vous dites, parlant des 3,000 hommes de troupes françaises qu'on doit en- voyer au Tonkin, et des 1,000 tirailleurs anna- miles: Il a para à votre commission que ce déploiement de forces était suffisant et que, d'autre part, il n'avait rien d'exagéré. »
Vous admettez donc aujourd'hui que, s'il suffit de paraitre, il faut au moins paraître ac- compagné de quelques milliers d'hommes. (Approbation sur divers bancs.)
Voilà ce qui me paraît changer singulière ment la question, mais aussi elle se trouve placée sous son vrai jour.
C'est sans doute à cela que pensait M. le ministre des affaires étrangères, lorsqu'il disait au Sénat qu'il fallait se mettre en garde contre les entreprises romanesques. M. le ministre des affaires étrangères ne croyait pas proba- blement et ne croit pas aujourd'hui qu'il suf- fise de paraitre au Tonkin pour s'en emparer; il pense qu'il faut y paraitre accompagné d'un nombre d'hommes respectable et. par consé- quent, engager les forces de la France dans
DÉBATS PARLEMENTAIRES
Année 1883
Année 1883
de vue économique la prise de possession da | les puissances européennes. Ce jour-là, voug
serez en bonne situation pour protéger vos d Tonkin ne pouvait donner que des avantages très contestables, et que l'opinion était victime tionaux, et cette occupation d'Hai Phong, qui d'une illusion en s'imaginant qu'on allait par sauvegarde l'amour-propra national, vous en couvrirez les frais facilement par des droits à donner à notre commerce un marché consi- dérable et créer des débouchés & nos industries. d'ancrage, des droits de phares, etc.; vous pouvez, en un mot, faire d'Haï-Phong un éta- J'ai dit que nous allons éparpiller nos forces
blissement qui sera, dans une certaine ma« tandis que nous avons le dévoir de les concen
sara, semblable à celui des Anglais à Hong trer en France.
Kong, et prendre dans le golfe de Tonkin une situation excellente au point de vue militaire et commercial.
Lorsqu'une première fois on a discuté la question, j'ai pa, en causant avec beaucoup de mes collègues, voir que, si on l'avait de grands doutes sur les avantages réels qu'on pourrait retirer d'une expédition au Tonkin, on n'ea avait pas ear la difficulté qu'il y a à quitter un pays dont on a pris possession ději, ce se rait une reculade, une abdication, comme le dit le Gouvernement dans l'exposé des motifs.
On dirait Mais enfin, l'amour-propre na- tional est engagéă.
Si l'amour-propre national était tellement engagé que nous dussions, ou lui faire subir un outrage grave, ou aller en avant, je ne vous proposerais pas de vous arrêter. J'estime qu'on doit être aussi soucieux de l'honneur du pays que du sien propre, et je ne proposerais jamais à mon pays une recalade, pas plus que je n'en accepterais pour moi-même.
Aujourd'hui, que pouvons-nous faire ? Nous ne sommes pas en possession du Tonkin; il ne s'agirait pas pour nous d'abandonner un pays que nous posséderions. Nous sommes toujours sous l'empire da traité de 1874; nous avons bli des garnisons dans trois villes, et puis- je n'ai pas parlé de ces faits pour ne pas allonger la discussion, nous avons eru devoir nous li- paese volontiers condamnation là-dessus
A moins qu'on ne veuille absolument pren- dre possession du pays, étendre notre empire colonial, je crois que cette solution serait ac- et c'est le dernier point ceptable. Mais ici, de ma discussion, j'ai à répondre à une opé nion très répandue dans in Chambre et dont on pent trouver la trace dans les documents officiels..
On nous dit qu'il est nécessaire que la France ait aujourd'hui une politique coloniale, que la France s'affirme, ce qu'elle n'a pa faire peut-être dans ces dernières années, et montre qu'elle entend reprendre, comma paissance coloniale, le rang dent on a pu croire un instant qu'elle était déchue.
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at Appel à Phistoire, que cette colonie | qui se croit supérieure, chargés de les diriger, vote de cette Chambre même, au mois de
[CHAMBRE] xploitation nous l'avons vue dans toute sa gloire, dans tout son développement se créer,
de les exploiter dans le meilleur sens du mot,juillet 1881, a témoigné une fois de plus de la prospérer et se développer aux Indes, dans les travail. Il n'est pas possible, dis-je, de créer
c'est-à-dire de recueillir l'impôt et le fruit de leur résolution du Parlement de maintenir dans mains des Anglais. Je sais que, précisément à
des conditions déterminées notre établisse- propos du Tonkin, le nom de l'Inde a été pro- peu à peu oppriment ceux-là. Vous arrivez for-
ane organisation semblable sans que ceux-ci ment au Tonkin. nonce. On nous a dit: Il y a là une occasion: coment et promptement à ce résultat, que vous en étendant l'empire colonial de la France dominez une nation soumise, mais soumise dans l'extrême Orient, en créant un grand seulement par la force, et que vous êtes obli- empire français dell'Indo-Chine, nous aurons gés pour maintenir voire empire dans ce pays à une compensation, et peut-être pourrons que vous mettez en régie, d'y entretenir des nous ainsi nous consoler de ne plus avoir cet forces considérables; et alors, c'est là mon empire de l'Inde perdu autrefois,
dernier mot - je vous dis si l'organisation d'une colonie de ce genre est de nature à por- ter atteinte au bon renom de la France dans Phistoire: elle peut aussi porter atteinte à sa sécurité (Rumeurs.) Oui, messieurs, et c'est au témoignage même de M. le ministre des affaires étrangères que je fais appel pour le démontrer.
Je ne crois pas que nous devions beaucoup regretter d'avoir perda l'empire de l'Inde. Si nous étions condamnés à en tirer parti dans les mêmes conditions que l'Angleterre, et nous aurions été amenés à le faire... (Rumeurs ar plusieurs bancs à gauche et au centre.)
Cette déclaration excite l'étonnement d'un cerisin nombre de nos collègues ; je les prierai alors d'examiner ce qu'est aujourd'hui l'Inde pour l'Angleterre. (Interruptions sur les mêmes banes.)
Je dirai à ceux de mes collègues qui protes- tent que, s'ils suivaient le mouvement de l'opi- nion publique en Angleterre, s'ils lisaient tout Je réponds aux membres du Gouverne ce qui est publié sur cette question, ils ver- ment et aux membres de cette Chambre quaient que l'Inde est aujourd'hui pour l'Angle- parlent ainsi, que j'ai à l'égard de la néce terre une source de soucis très grands. (Nou- sité pour la France de développer sa pais elles interruptions à gauche et au centre.) sauce coloniale, une opinion nette, ferme, ar
M. le comte de Douville-Maillefeu. rétée.
Mais, sans doute! L'Inde coûte cher à l'An gleterre.
M. Georges Perin. Ils verraient que l'An- de est en déficit anjourd'hui. C'est là, et ce point de vue est sérieux.
Mais il y en a un autre. Si ceux de nos collègues qui pretestaient tout à l'heure avaient dans l'Inde... (Réclamations à gauche et au centre.)
Vois à droite. Parlez ! parlez !
Monsieur le ministre, dernièrement vous disiez au Sénat lorsque, répondant à M. de Saint-Vallier, vous indiquiez quelle devait être la politique coloniale de la France: Nous ne devons pas oublier que nous sommes une nation continentale et que la concentration de nos forces est la première condition de notre sécurité. »
ministre à votre patriotisme. Oni! noas Messieurs, je soumets ces paroles de M. le sommes une nation continentale avant tout; nous sortons à peine d'épreuves douloureuses, où la grandeur matérielle de la France, sinon sa grandeur morale, a été entamée. C'est ici, où les brèches out été faites à notre puis- sance et à notre grandeur, que ces brèches mille lieues de la mère patrie que nous devons nous pourrions trouver dans de telles entrepri- ses, seraient insufäsantes. Elles ne sauraient nous faire oublier le devoir qui a'impose ici à sement plus difficile. (Applaudissements à l'extrême gauche et sur quelques bancs à gau- che.)
vrer à des actes de guerre qui ont pu être ja c'est sur ce point que j'appelle l'attention de la gleterre se préoccupe de ce que le budget de doivent être réparées; ce n'est pas à trois Es qu'aurez-vous fait, messieurs, lorsque légitimés par l'attitude de la cour de Haé, s'entendre sur les conditions dans lesquelles essieurs, le côté économique de la question, éparpiller nos forces. Les compensations qua
une certaine mesure.
vous vous serez emparés du Tonkin dans ces conditions?
Vous n'aurez pris que le delta, c'est-à-dire Ja cinquième partie de la superficie totale du Tonkin. Il ne s'agit aujourd'hui que d'occu- per 16,000 kilomètres carrés sur les 86,000 ki- lomètres que comprend le pays tout satier; par conséquent, après cette première expédi tion, vous serez entraînés forcément à ang- menter l'effectif de vos troupes d'occupation. En un mot, vous avez là une expédition réelle, sérieuse, à faire. Je sais que cette ex- pédition ne sera pas difficile, que nos soldats he courront pas, du fait de la résistance, de graves périls, mais une expédition dans les pays tropicaux présente toujours quelque dan- ger. Là où l'habitat n'offra pas d'incon- vénient pour celui qui peut vivre à l'abri, qui n'est pas obligé de s'exposer au soleil et à la pluie, une expédition, c'est-à-dire une action qui oblige l'homme à vivre sans abri, est tou- jours dangerense.
Nous avons été, jusqu'à ce jour, toujours victo- rieux; nous n'avons jamais éprouvé d'échecs.
Nous sommes donc dans d'excellentes condi- sion à la puissance coloniale de la Franca audié l'histoire de la colonisation anglaise nous, et elles nous en rendraient l'accomplis-
tions, dans des conditions meilleures que ne l'a été ce pays qu'on nous donne si souvent pour exemple, quand il s'agit de questions coloniales, T'Angleterre; nous n'avons pas à revenir en arrière comme l'Angleterre l'a fait dernièrement dans la question du Transwaal... M. le président du conseil. Cela ne se ressemble pas!
M. Georges Perin....'ils avaient va au
Je crois que la France ne doit pas être un puissance exclusivement continentale, qu'ele doit être une puissance coloniale; mais e Chambre et du Gouvernement, il faut bien cette puissance coloniale doit se développer.
Si, en disant qu'il faut donner de l'exten vous entendez qu'il soit nécessaire d'augmen ter indéfiniment notre empire colonial et que la France doive mettre la main sur tous les pays qui sont à sa portée et dont ella paat prendre possession sans des difficultés tros grandes, je vous dirai alors: Oui, prenes le Tonkin: vous avez certainement des préterix de quels outrages à ce que l'on appelle ministre des affaires étrangères. tes pour le prendre: arguant de la non exéommunément la morale et Phonnêteté, cette cution du traité de 1874, vous pouvez y interprospérité s'est établie; s'ils savaient quelles venir à main armée, vous y établir et, uae folt actions et quelles cruautés ont été commi- ses; si nos collègues veulent bien se rappeler établis, y rester.
Mais je crois que c'est là une fausse contenglais et les paroles endammées de Barke; s grands débats qui oet eu lieu au parlement Graves, estimant cependant que cette expédition des nécessités qu'impose à la Francils connaissaient enfin comment l'opinion soin de sa prospérité coloniale. Je crois ablique s'est prononcée en Angleterre contre tion ne pouvait donner qu'une satisfaction
cette prospérité coloniala de la Franca doit d'amour-propre aux armes nationales.
développer d'une façon différente, et d'abot pareil système, ils seraient moins prompts que nous devons, usant de cet empire coloni protester contre les souvenirs que je viens ie rappeler. (Murmures à gauche et au centre. déjà étendu, développer notre puissance, lå of
Très bien très bien à l'extrême gauche.) nous sommes déjà établis, par une meil
Quant à moi, j'entends différemment la co- leure administration, de meilleurs soins a
M. Georges Peria, L'Angleterre, mon- sieur le président du conseil, a cru devoir conclure un traité de paix à la suite d'échecs
M. le président. La parole est à M. le
M. le ministre des affaires étrangères. Il serait impossible, messieurs, de ne pas met M. Georges Perin dans son opposition. rendre pleine justice à la persévérance que Les évènements, au lieu de la désarmer, l'af- fermissent.
Voilà neuf ans que nous sommes établis au Tonkin, en vertu d'un traité. Nous avons dé- pensé pour cet établissement une somme im- lions, et qui devrait certainement étre portée à portante, qui ne s'élève pas à moins de 9 mil- un chiffre plus élevé, si l'on y faisaitentrer les navires en station. Chaque année une somme dépenses que nous avons de faire pour les de 800,000 francs est inscrite au budget sous la rubrique Service du Tonkin. Eh bien, messieurs, à l'heure qu'il est, notre situation au Tonkin est précaire, embarrassée, sinon menacée. Je crois que la grande majorité, ja crois même que l'unanimité de cette Assem- blée, et je n'en excepte nt M. Delafosse, ni M. Georges Perin, sera d'avis qu'ane telle situation ne peut durer. (Marques d'ap- probation.)
M. Jules Delafosse. Je l'ai dit.
M. le ministre. Je vais essayer de vous dá- montrer que le projet qui vous est apporté est nécessaire et qu'il est suffisant pour mettre un terme à cette situation, pour substituer à un état de choses indécis, coûteux, stérile, une situation qui aura le mérite d'être précise et parfaitement définie. (Nouvelles marques d'approbation}
Il a été si zouvent question dans cette Cham- bre de notre établissement au Tonkin, on en a si souvent raconté l'histoire, - M. Georges Pe. rin lui-même en a rappelé tout à l'heure un des premiers et des plus glorieux épisodes, que je n'ai pas à y revenir. Pécarterai donc complètement le souvenir, d'ailleurs inutile dans cette discussion, des incidents pittores➡ ques on tragiques qui en ont marqué les diffé - rentes phases. Je m'arrête an traité de 1874. ce traité improvisé quoiqu'on travail at depuis plusieurs mois à le négocier, arraché plutôt qu'obtena après une retraite inexplicable, le len- demain du jour où nous nous étions dépouillés sans aucune raison, des gages tombés entre nos mains. (Très bien très bien ! à gauche et au centre.)
pays insalubre, puisqu'à une certaine époque temps comme nous engageant, nous le dé- grand nombre de ces comptoirs de commerafonisation a pu donner dans l'Inde à l'Angle. } qu'il croit prévenue, au delà de ce qui serait avantages qu'il avait pour lui-même, en az-
Du reste, il ne faudrait pas exagérer la salu. brité du Tonkin. Lisez, comme je l'ai fait moi-même, les rapports de gens qui n'ont aucun intérêt à présenter le Tonkin comme un ils y ont poussé les Français. Les rapports des missionnaires disent que, si le Tonkin est moins insalubre que la Cochinchine, il n'est pas d'une salubrité complète; ils parlent d'une fièvre très redoutable qui règne dans les par ties montagneuses.
Vous trouverez dans les documents offi- ciels dont je vous parlais tout à l'heure un compte rendu de M. le docteur Magei qui a exploré les provinces Nord du Tonkin, Il y est dit que, si le Nord est relativement salubre, les Européens devront se défier des provinces du Sad, dont la climatologie rappelle dans une certaine mesure ce sont les expressions textuelles IIué, de funèbre mémoire.
Vous voyez donc que cette expédition pent présenter certains dangers. Eh bien, je crois que vous devez hésiter, et c'est ici que j'arrive à dire à la Chambre qu'elle peut et doit éviter
de faire cette expédition.
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Nous ne sommes pas dans des conditions aussi difficiles. Nous sommes vainqueurs, nons n'éprouvons aucune résistance; nous nous trouvons en face d'un traité que nous pouvons dénoncer comme cela s'est fait en
ane plus sage direction de nos affairs neation. Je voudrais que la prospérité colo- taaintes circonstances. On peut dire à l'An
de crois que nous devons créer des déboule de mon pays se créat et se développas nam: Le traité de 1874 que vous avez violé, nous ne voulons pas le considérer plus long-chés à notre pays, le pousser à fonder au plan d'autres conditions. La gloire que la pa comme nous en avons à San Francisco,, je ne l'envie pas pour la France, et Montevideo, dans le Levant, en Chine, alte voie, quand je pense que vous allez être and je vois que vous voulez marcher dans donnent de grands bénéfices, sans faire corcément entraînés et exposés aux mêmes de risque à la mère patrie. C'est ce genre colonies que je voudrais voir se développer, res me fait un signe de dénégation; il me angers... M. le ministre des affaires étran- C'est là ce que, dans mon système, vous permettra de lui dire que lorsqu'il aura mis
Tonkin en exploitation,
pour employer mot accepté par tous... M. le ministre des affaires étrangères.
nonçons, et comme, d'autre part, par suite de votre mauvaise foi, nous avons subi des dommages, comme vous nous avez mis dans une situation difficile, entrainés à des dépen- ses, nous voulons une compensation. » Vous pouvez demander alors une indemnité de guerre considérable, et affirmer que vous par- lez, non pas en nation humiliée et vaincue, mais en nation victorieuse, en restant au Ton- kin, mais dans des conditions qui n'engagent pas l'avenir.
Vous avez à Haï-Phong une situation excel- lente; le jour où le Tonkin sera ouvert par la force même des choses, et sous la pression de toutes les nations européennes, comme l'a été la partie de certains fleuves de la Chine, vous aurez là une situation prépondérante. Maitres du delta, vous pourrez y appeler vos nationaux
:
et leur dire Voilà le feuve Rouge ouvert saNS qu'on ait employé les armes, et par la seule
Ce traité, c'est la base de notre action, c'est notre point de départ nécessaire. Malgré les lacunes qu'on a pa y signaler, malgré les clauses restrictives, gênantes, qu'il contient, ca traité impliquait cependant, pour la pre- mière fois, la reconnaissance formelle de nos possessions de la Cochinchine, il nous four- En 1874, si j'ai boone mémoire, M. Georges nissait les moyens de purger la Tonkin de la Perin n'était pas très éloigné de reconnaître piraterie et du brigandage, d'y ouvrir au com. qu'il était déjà difficile à la France de se re- merce un champ plus ou moins fécond, mais tirer du Tonkin. Il y a deux ans, il vous de- à coup sûr très vaste et presque illimité. mandait de dénoncer le traité de 1874, et il Ce traité, malgré tous ses défauts, nous renouvelle aujourd'hui l'expression de cette constituait une situation privilégiée, et nous opinion. Il y ajoute comme tempérament, par
aurions pu certainement nous y tenir jusqu'au déférence sans doute pour l'opinion publique moment où le roi d'Annam, convaincu des sage, en faveur de l'occupation du Tonkin,
rait spontanément élargi les dispositions. & Hai Phon et d'y percevoir l'impôt jusqu'à qu'il suffirait dans tous les cas de nous établir Mais il aurait fallu pour cela que ce traité, l'entier recouvrement de l'indemnité dont nous interprété avec bonne foi, et appliqué fidèle. souscrit par lui en connaissance de cause, fût jugerions nécessaire de frapper le gouvernement. Or, vous savez que c'est le contraire qui est arrivé. Je n'ai pas à revenir sur les viola- tions nombreuses, quotidiennes, commises par le gouvernement d'Annam. A vrai dire, il n'y a pas une sente des dispositions du traité qui n'ait été enfreinte. Il n'a jamais été ni res- pecté, ni exécuté dans aucune de ses parties, les percevoir, et à se substituer aux colle
M. Georges Perin... C'est l'expression
pas même dans celle qui concernait la recon- teurs d'impôts; et, comme il est d'une baacrés, quelque honnêtes que soient les
naissance de notre possession de la Cochin- administration, non seulement de couvrit nctionnaires qu'il y enverra, quelque doux
chine car jamais le gouvernement d'Annam frais, mais encore de faire des bénéfices soient, je crains, comme cela s'est vu
n'a renoncé à l'idée de revenir sur cette re- pressurer le contribuable et de lui faire Angleterre, que leur honnêteté et leur dou.
connaissance; et il a fallu une volonté formelle duire le pins possible, ce genre de color ne soient quelquefois singulièrement en-
pour l'empêcher, il y a quelques années, en dans le langage des économistes, a un nomées. Vous verrez alors qu'il n'est pas possiblée nationale ont, depuis 1874, manifesté et
Les Chambres actuelles, et avant elles l'Assem-1878, si je ne me trompe, d'envoyer en France cela s'appelle les colonies d'exploitation.
c'est la force des choses, de mettre, à affirmé d'une manière constante leurs dis- nonciation à cette possession.
une ambassade pour solliciter de vous la re- Eh bien, je trouve que ce mot d'exploitaté d'hommes qu'on considère comme étant positions à l'égard du Tonkin; et, pour ne Deur traits, meisieurs, suffisent pour carac
riez faire au Tonkin.
Il y a un autre genre de colonier, et d'e celui que vous paraissez préférer. Cela co siste à aller dans un pays qui a de beau revenus, qui a
une administration pole repousse.
ment d'Annam.
M. Georges Perin m'a invité, et c'est la tache à laquelle je vais m'appliquer, à définir, si je le puis exactement et en toute gincérité, le sens et la portée du projet de loi qui vous est soumis. Je répondrai chemin faisant, aux ques autres nouvelles, qui ont été apportées à observations, les unes déjà anciennes, quel cette tribune, soit par M. Georges Perin, soit par M. Delafosse. Je n'ai pas, dans tous les Perin, à justifier le principe da projet de loi. cas, même après le discours de M. Georges
Je vous ai montré, messieurs, qu'au point | pression exercée sur l'empereur d'Annam par i est peut-être un euphémisme. Je vous di Fane race inférieure, des hommes d'une race rappeler que la dernière de ces décisions, le ¦ tériser la conduite qu'il a tente.
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